Le silence et vous, une relation à part ?

Régulièrement, je ressens le besoin de m’isoler, de me retirer au moins pour un moment dans un monde rien qu’à moi fait de calme et de silence.

L’effet recherché est un peu le même que lorsque vous plongez la tête dans une baignoire remplie d’eau. Votre environnement devient épais, cotonneux et parfois assourdissant, vous voyez ? En un clin d’œil vous êtes presque totalement hermétique aux événements extérieurs et cela vous fait du bien. Pourtant, ces moments de silence sont aussi chez certains, source de malaise et parfois de stress.

Pourquoi une telle ambivalence des sentiments autour du silence ? Pourquoi et comment un élément finalement aussi peu perceptible, peut-il emplir à ce point l’espace autour de nous ?

Les effets du silence ou la bipolarité des ressentis

Le silence c’est un peu comme le citron, parfois vous l’aimez, parfois vous le détestez. Tantôt sa douceur vous laisse baignant dans une pleine béatitude, tantôt son côté étourdissant vous irrite jusqu’au moindre petit nerf dorsal.

Prendre plaisir au silence

Je fais partie de celles qui aiment le silence. J’y suis profondément attachée. Je l’aime quand je dors bien sûr, mais aussi quand je lis, quand je jardine ou encore quand je travaille (écrire en musique, cette gageure !).

On peut dire aussi que je n’aime pas le bruit.

Selon moi, le silence est une source d’apaisement. Il permet l’écoute et la concentration. Il crée les bonnes conditions pour un repos profond et donne à chacun, la possibilité d’être à l’écoute de son corps. En ce sens, le silence nous rapproche de la pleine conscience.

Pourtant, le silence absolu n’existe pas. Le verger bruisse tandis que certains bureaux urbains fourmillent d’effervescence. Ces sons sont agréables à l’oreille, parce que ténus. Le vent dans les feuilles, le cri du milan haut dans le ciel, le déplacement furtif d’un lézard, le cliquetis d’un clavier ou même le griffonnement d’un crayon sur le papier sont autant de bruits doux à redécouvrir grâce au silence et à apprécier. Ces sonorités, aussi appelées bruits blancs, présentent des vertus apaisantes et relaxantes, exploitées à travers la pratique de l’ASMR pour (Autonomous Sensory Meridian Response).

Ainsi, prendre plaisir au silence vous apporte du bonheur chaque jour. Mais, puisqu’elle ne dépend pas uniquement de nous, cette félicité tient également du luxe. Un luxe que nous sommes nombreux à apprécier, mais dont d’autres préfèrent se priver, par peur du silence.

Refuser le silence

De l’autre côté d’une porte fermée entre le bruit et vous, se trouvent ceux que le silence effraie. Hyperactivité, peur de se retrouver seul ou angoisse du coucher, autant de symptômes révélateurs d’après les spécialistes, d’une véritable crainte du silence. Pourquoi ? Comment ce qui ravit peut-il affoler en même temps ?

Peur du tête-à-tête avec soi-même ou même de la mort — ne dit-on pas qu’il règne un « silence de mort » — les causes sont nombreuses à tel point que les psychiatres, psychologues et neuropsychiatres, se passionnent depuis longtemps pour la question.

Pour refuser le silence, à chacun sa technique ; il y a ceux qui parlent toujours, beaucoup, de tout, pour briser le silence et surtout ne pas le laisser s’installer. D’autres s’endorment, travaillent, mangent ou se promènent en musique pour se sentir moins seuls. Leur premier réflexe est alors souvent d’allumer la radio ou la télévision pour ne surtout jamais succomber au silence. C’est ainsi que ces personnes profitent de vies hautes en couleur et riches en activités.

En conséquence, une partie d’entre nous préfère vivre en ville parce qu’elle ne dort jamais, tandis qu’une autre se réfugie en zone rurale pour y trouver le calme et la sérénité.

Un peu de silence

Et puis entre les deux, se trouvent ceux pour qui le silence est tour à tour nécessaire et oppressant.

Ces amateurs de moments de concentration silencieux sont alors les premiers à briser le calme. Ici, le silence n’est pas vécu comme un luxe intérieur, mais plutôt comme une nécessité extérieure en lien avec une ou plusieurs activités précises. Il peut par exemple être requis pour travailler ou pour écrire, mais aussi pour lire ou encore pour conduire, lorsque les capacités cognitives ou une grande dextérité sont mises à contribution.

À l’inverse, lorsque le silence se fait notamment au moment des repas, le ressenti peut être irritant. Bruits de couverts, de vaisselle et de mastication n’ont en effet rien de plaisant. Vite, vite, de la musique !

Comment gérer le besoin de silence ?

Au quotidien, vous avez un grand besoin de silence. Malheureusement vous vivez en ville, à côté d’un lieu bruyant, ou vous ne vivez pas seule.

Dès lors, comment faire pour vous octroyer des moments calmes et pleinement silencieux dédiés à votre bien-être ?

Une plage de calme quand on vit à plusieurs

La vie de famille, de couple ou même la colocation, sont des modes de vie épanouissants qui offres bien des bonheurs et des avantages. Néanmoins, il vous arrive d’avoir envie de vous isoler pour profiter d’un moment de calme et de solitude. Comment faire ?

  • Commencer par s’isoler

Dès que le besoin se fait sentir, n’hésitez pas à vous isoler. Cette réaction est tout à fait légitime. Dans votre chambre, dans la salle de bain, dans un bain ou même dans votre bureau, notifiez à tous ceux qui pourraient vous déranger que vous souhaitez être seule un moment.

Exprimez votre besoin par des mots clairs et sans détour et ce, avant que l’envie ne se transforme en urgence.

  • Installer le silence pour se retrouver

À la maison, la meilleure façon d’obtenir le silence est encore de choisir le moment où tout le monde est sorti. Si cela n’est pas possible, demandez ! Vous avez le droit de solliciter chacun afin qu’il adopte, pendant quelques minutes ou quelques heures, une occupation tranquille qui fera considérablement baisser le volume sonore de la maison.

Éteignez la lumière, tirez les rideaux, allumez une bougie, faites brûler de l’encens, diffusez de la musique de relaxation… En clair, créer les conditions propices à votre moment de quiétude parfait.

  • Faire le point

Lorsque le silence se fait, profitez-en pour ne rien faire et laisser votre esprit voguer, mais aussi pour lire, dormir ou encore méditer ; quelques minutes suffisent. L’absence de bruits est en effet un élément favorable à une relaxation profonde, nécessaire pour faire le point.

Vous êtes sous pression ? C’est l’occasion rêvée de vous poser les bonnes questions pour avancer plus sereinement. Tout va bien ? Profitez sans compter et surtout sans culpabiliser de ce moment rien qu’à vous.

Le silence pour mieux communiquer

Parler moins et écouter plus. Le silence serait-il la clé d’une meilleure communication ? Face aux éternels bavards et à tous ceux qui craignent les blancs dans une conversation, vous vous sentez étourdie. Aussi, avez-vous décidé de partager avec eux, une autre façon de communiquer.

  • L’excès de paroles perturbe le message

Avez-vous déjà ressenti cette sensation de brouhaha et d’éloignement lorsque vous vous trouvez face à une personne qui, pour vous, parle trop ? Du bavard passionné au bavard futile en passant par l’autocentré, ils sont nombreux à ne pas pouvoir s’empêcher de parler, quel que soit le sujet. Aussi, la parole devient-elle une forme de bruit parfois désagréable.

Du reste, trop de mots et des phrases trop longues ont tendance à lasser ou à égarer.

Si pour présenter son nouveau chien votre amie vous dresse l’historique de la race et commence à vous décrire son pelage si joli sous le soleil d’automne, stop ! Il est fortement possible que cette personne parle trop et que vous ne reteniez rien ou presque, de son discours.

  • Le silence, cet autre mode de communication

L’art du silence est sans doute tout aussi difficile à apprivoiser que celui de la communication. Toutefois, offre-t-il de nouvelles perspectives — silencieuses — à ceux et celles qui souhaitent s’emparer du sujet. Il est alors question de communication non verbale.

    • Le regard

Plus encore en tant que femme, vous avez conscience que la communication par le regard est essentielle. Discrète, elle ne nécessite aucun son. Limpide, elle permet d’exprimer une palette d’émotions de la surprise à la frayeur en passant par la joie, et ce, sans le moindre mot.

À noter, maintenir un contact visuel permet de garder l’attention aussi bien et même mieux qu’un long discours.

    • Les gestes

L’étude de la gestuelle est en grande partie révélatrice d’une personnalité. La façon de se tenir, de bouger et l’utilisation des mains permettent de faire passer des messages là encore silencieux, mais pourtant efficaces.

Lors d’une discussion, si l’un des participants se tient les bras croisés c’est à minima qu’il s’ennuie, qu’il est opposé à l’idée exprimée ou qu’il ne souhaite tout simplement pas échanger.

Ici encore, sous réserve d’y prêter attention, un silence explicite vaut mieux que 1 000 mots.

    • La transmission

J’en suis convaincue, la communication n’est pas uniquement faite de mots. Nous venons de le voir, le corps, les yeux et le visage tout entier, délivrent en silence des indications très précises quant aux émotions et à l’état d’esprit.

Communiquer demande donc aussi de faire savoir, de transmettre et de partager. Ici, le silence est encore plus enrichissant puisqu’il permet de rallier l’essence même d’un échange qu’est le ressenti.

D’ailleurs, ne dit-on pas que la parole est d’argent, mais que silence est d’or ?

A lire pour aller plus loin : Communication non-verbale : ces gestes qui vous trahissent

Perspective douce d’un monde plus silencieux

La période inédite de confinement que nous venons de vivre et de quitter se prête à une nouvelle réflexion sur l’intérêt d’un monde plus silencieux.

Partout nous avons pu lire qu’en l’absence (relative) de l’humain, « la nature reprend ses droits ». C’est tout aussi valable du point de vue de l’espace physique que de l’espace sonore.

En effet, durant ces semaines de pause où le monde s’est presque totalement arrêté, nous avons appris, et nos oreilles avec nous, à nous passer des bruits que nous produisons et subissons au quotidien, circulation routière, aviation, industrie… Nous sommes nombreux à avoir apprécié le calme et le silence de nos villes ainsi désertées.

Puis, au fil de jours l’ouïe s’est aiguisée pour reconnaitre les petits bruits de la vie, le chant matinal des oiseaux, un coq au loin, un enfant qui rit, une porte qui grince… Autant de sonorités authentiques, noyées au quotidien sous le vacarme de nos vies.

Depuis, nous sommes nombreux à avoir vu notre rapport au silence évoluer. Et vous ? Qu’en pensez-vous ? Commencez-vous déjà à regretter la quiétude du confinement ou au contraire, êtes-vous parfaitement satisfait du retour tapageur de notre activité à tous ?

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