Interview Pauline Brivals : “Il vaut mieux 1000 personnes qui font un peu qu’une qui fait parfaitement”

Si vous êtes des fidèles lectrices de notre webzine Pour Elles, vous avez remarqué qu’il y a un sujet qui nous tient particulièrement à cœur : le consommer responsable.

La demande est là, une prise de conscience collective semble pointer le bout de son nez, et il existe aujourd’hui des tas d’alternatives pour consommer mieux, moins et faire baisser notre empreinte carbone.

Alors, lorsqu’au détour de nos chemins, l’une de nous rencontre des acteurs engagés qui participent activement et avec conviction à ce mouvement, nous avons envie d’en savoir plus et de les mettre en lumière.

Aujourd’hui nous allons à la rencontre de Pauline, jeune entrepreneuse toulonnaise engagée dans le zéro déchet. 

Bonjour Pauline !

Parles nous de toi

  • Peux-tu nous parler de toi en quelques mots ?

Je m’appelle Pauline Brivals, j’ai 31 ans, j’ai un fils de 4 ans et je vis à Toulon depuis 6 ans.

  • Il y a plusieurs mois, tu t’es lancée dans l’aventure Avenir Zéro Déchet, aujourd’hui, tu as une boutique en ligne de produits zéro déchet et une boutique à Toulon dans le Var, qu’est-ce qui a motivé ce projet ?

J’ai toujours été très sensible à la protection de l’environnement, depuis l’école primaire au moins. J’avais fait le tour de mon travail de l’époque et j’avais envie de me lancer dans un projet à moi.

  • Tous les enfants ne sont pas sensibles à la protection de l’environnement. Qu’est-ce qui a été déclencheur ou inspirant pour toi à l’époque ?

Je pense qu’il y a eu plusieurs choses. Je me souviens d’un professeur atypique à l’école primaire qui élevait les coccinelles en créant un habitat et un écosystème nécessaires à leur développement. Il élevait par exemple des pucerons pour nourrir ses coccinelles. J’aimais m’en occuper.

J’ai aussi eu la chance de grandir dans une maison avec un jardin et des arbres fruitiers. Je suivais les saisons, la vie des plantes. Je me souviens avoir pleuré lorsque mon père a dû couper un arbre ! J’ai un lien affectif fort avec la nature et l’environnement.

Et pour finir, bien avant l’apparition du tri sélectif tel que nous le connaissons, mes parents triaient leurs déchets.

  • Quelles ont été les principales difficultés pour créer ta boutique ?

Je n’ai pas vraiment rencontré de difficultés. J’ai été bien accompagnée par une association, la BGE, pour étudier et monter mon projet. Par contre, le local a été très long à trouver. Avec les confinements, j’ai mis plus d’un an. C’était difficile de garder la motivation tous les jours, tout était prêt sur le papier, mais je ne pouvais rien mettre en place tant que je n’avais pas le local.

A lire pour aller plus loin : 6 astuces pour un Noël zéro déchet

Le zéro déchet dans notre société

  • Peux-tu nous expliquer ce qu’est le zéro déchet ?

Le zéro déchet, c’est limiter au maximum les emballages et les produits jetables. Concrètement, c’est faire une pause dans sa vie, observer et voir ce que l’on peut améliorer en terme de consommation jetable.

  • Aujourd’hui, le zéro déchet est aussi un argument marketing pour tous ceux qui cherchent à « greenwasher » leur image. Est-ce qu’il y a selon toi, une vraie prise de conscience des industriels autour de cette urgence de consommer autrement ?

Non, je pense qu’il n’y a pas de vraie prise de conscience de la part des industriels. La plupart regardent les chiffres, les tendances, et si les chiffres baissent, ils vont chercher un nouveau produit. Je pense qu’ils s’adaptent simplement à l’évolution du marché et de la demande, mais sans conviction et sans voir si ce nouveau produit est plus écologique ou non.

  • Tu proposes des produits de petits producteurs français qui ont envie de s’inscrire dans cette dynamique écocitoyenne et d’y participer activement, est-ce qu’il est facile aujourd’hui de trouver tous ces acteurs et de travailler avec eux ?

Oui, il est très facile de trouver des acteurs français avec qui travailler et qui font de super produits. Parfois, on les trouve facilement car ils sont déjà bien connus et parfois, il faut creuser, chercher, vérifier.

Par contre, le français c’est génial, mais on ne trouve pas tout et certains prix sont tellement élevés qu’ils ne peuvent pas concurrencer d’autres produits non-français.

  • Oui, le but c’est aussi de rendre le zéro déchet accessible à toutes les bourses

Oui, c’est bien de soutenir la production française quand on le peut, mais il faut aussi proposer d’autres alternatives pour que tout le monde puisse s’y mettre.

  • Justement, on entend souvent dire que le « bio » ou le « zéro déchet coûte cher.
    Qu’en penses-tu ?

Je pense que oui cela coûte plus cher sur le moment, mais il faut le voir sur le long terme et dans le cadre d’un changement de mode de vie. Par exemple, acheter des culottes menstruelles est un investissement au départ, mais on ne les achète qu’une fois et c’est mieux pour son corps.

A lire pour aller plus loin : Salle de bain zéro déchet : mode d’emploi

Le zéro déchet pour qui ?

  • Quelle est ta clientèle type ? Est-ce plutôt un public déjà acquis à la cause du zéro déchet ou alors des « curieux » qui en sont aux prémices ?

Ce qui est génial avec le zéro déchet, c’est qu’il y a tout à découvrir, même moi, j’en apprends encore tous les jours. À la boutique, ce sont principalement des femmes (ou des personnes qui s’identifient en tant que femme) qui s’y intéressent, mais sinon il y a des personnes très avisées (qui m’apprennent souvent des choses) et des personnes qui veulent faire, mais ne savent pas. Le zéro déchet est vraiment un monde de partage.

  • Au-delà des produits que l’on trouve dans ta boutique, tu souhaites proposer aussi des ateliers. À qui s’adresseront-ils et quels seront leurs objectifs ?

Malheureusement, j’ai dû repousser les ateliers à cause du Covid, mais j’espère pouvoir les programmer rapidement ! Ils s’adresseront à tout le monde, même aux enfants. Ils pourront observer nos modes de consommation, voir les changements qu’on peut y apporter le tout en s’amusant. J’ai plein d’idées comme des ateliers pour fabriquer des éléments de déco en réutilisant ce qu’ils ont chez eux, ou autour d’eux. Pour les adultes, je pense à des ateliers créatifs DIY pour apprendre à faire nos lessives, coudre des sacs avec des tissus de récupération…

  • Si tu devais expliquer à un enfant la philosophie zéro déchet, qu’est-ce que tu lui dirais ?

Je lui dirais que quand il met quelque chose dans la poubelle, cela ne disparaît pas, il va juste dans un autre endroit pour être brûlé ou enterré et cela risque d’abîmer la Terre donc moins on en jette mieux c’est.

  • Penses-tu que le zéro déchet est à la portée de tous ?

Le ZÉRO déchet est très difficile, voire impossible, à atteindre, mais y tendre est possible pour tous. Chacun doit y aller à son rythme et trouver ce qui correspond à son mode de vie. Et surtout, il ne faut pas culpabiliser de revenir en arrière le temps de trouver un meilleur produit.

  • Comment peut-on à notre échelle défendre ce mode de consommation responsable ?

À mon avis, pour défendre ce mode de consommation, il faut avant tout se poser des questions : “De quoi j’ai vraiment besoin ?”, et ensuite acheter en conséquence des produits plus écologiques que ceux qu’on avait.

  • Et si, en quelques mots, tu devais convaincre nos lectrices de l’intérêt du zéro déchet pour elles et pour la planète, que leur dirais-tu ?

Le plastique est ce qu’il y a de pire pour la planète, pour la santé, et il suffit de changer quelques petits gestes pour en avoir moins dans nos vies (amener sa boîte chez le boucher, acheter des choses lavables et réutilisables). Plein d’alternatives existent aujourd’hui alors il faut commencer petit à petit.

A lire pour aller plus loin : Faire le zéro déchet rendrait-il plus heureux ? 

Et si on parlait projet

  • Tu as un parcours inspiré et inspirant, tu t’es battue pour ouvrir cette boutique, est-ce qu’on peut dire, pour toi Pauline, que ce projet est un projet professionnel, mais aussi un projet de vie ?

Oui, clairement, c’est un projet de vie ! Beaucoup de choses ont changé depuis que j’ai eu cette idée et mon fils est dans l’aventure avec moi, il joue au vendeur et encaisse les clients !

  • Quels conseils pourrais-tu donner à toutes les lectrices qui ont aussi envie de se lancer dans un projet qui leur tient à cœur ?

De croire en elles, de prendre le temps d’étudier le projet, de se faire aider et ensuite de foncer pour ne pas regretter.

  • Quels sont tes projets dans les mois à venir ?

Dans les mois à venir, je vais essayer de développer la partie vrac ménager et surtout de mettre en place les ateliers.

  • Comment vois-tu le monde dans 5 ans ?

Malheureusement, j’ai du mal à me projeter, cela dépend des jours. Il y a des jours où je suis optimiste, où je me dis que ça avance et il y a des jours où je suis fataliste quand je vois encore des gens jeter des mégots ou des papiers par terre.

Merci Pauline ! Pour finir, on a une tradition chez Pour Elles, c’est le jeu des questions-réponses auxquelles tu dois répondre très spontanément en quelques mots.

A lire pour aller plus loin  : Comment devenir minimaliste et le rester

Quelques questions rapides pour finir

  • Pauline, quel est ton credo ?

Il vaut mieux 1000 personnes qui font un peu qu’une qui fait parfaitement.

  • Qu’est-ce qui t’agace dans notre monde d’aujourd’hui et que tu aimerais changer ?

Que tout le monde se rende compte de l’urgence de ralentir notre consommation.

  • Pauline, cite 3 choses dont tu es très fière ?

Je suis fière d’avoir réussi à ouvrir la boutique malgré le temps long pour trouver un local, je suis fière de mon fils et je suis fière d’être une femme dynamique et ambitieuse.

  • Quel est le livre qui t’a le plus inspiré ?

Je ne dirais pas un livre, mais plutôt un film : le film documentaire Demain de Cyril Dion qui m’a donné espoir en voyant tous les gens qui agissaient et les alternatives qui existaient.

  • Peux-tu nous livrer 3 mots clés, 3 mots qui sont importants pour toi ?

Respect, amour et utopie.

  • Pourquoi « utopie » ?

Je suis utopiste, il faut “viser la lune pour atterrir dans les étoiles”. L’utopie doit être stimulante, elle nous permet de viser des objectifs qui nous font avancer.

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Si vous souhaitez retrouver Pauline, n’hésitez pas à visiter sa boutique en ligne.
Bonne route à toi Pauline et à vous toutes sur le chemin du Zéro déchet ♥

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